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La C64, une opposition en trompe-l'œil ?

Chantage, faux ultimatums, compromissions et soupçon de corruption.

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·15 août 2026·5 min de lecture

Née dans le tumulte politique congolais, la Coalition Article 64 (C64) s'est imposée sur l'échiquier politique national en se positionnant comme le fer de lance de la contestation contre les velléités de révision ou de changement de la Loi fondamentale. Pourtant, derrière les slogans de défense de l'ordre constitutionnel et les appels répétés à la mobilisation populaire, cette plateforme est aujourd'hui rattrapée par ses contradictions internes, ses tâtonnements stratégiques et une ambiguïté manifeste qui interroge sur sa véritable finalité.

​À son origine, la coalition C64 s'est structurée autour d'un objectif clair et univoque : faire barrage à tout projet de modification de la Constitution, et en particulier aux articles verrouillés protégeant la limitation des mandats présidentiels. Portée par des figures de premier plan de l'opposition congolaise — parmi lesquelles on retrouve des ténors tels que Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga , la plateforme a cherché à canaliser le mécontentement populaire pour ériger un rempart institutionnel et citoyen face au pouvoir en place.

Sur le terrain, la stratégie de la coalition a oscillé entre démonstrations de force et reculs tactiques, malgré des appels lancés à organiser des sit-in et des marches pacifiques pour marquer l'opposition frontale au régime de Félix Tshisekedi.

Cependant, la ligne de fracture s'est rapidement dessinée lorsque les cadres de la coalition ont répondu favorablement à une invitation officielle. Début juillet 2026 (notamment autour des 6 et 7 juillet), les pontes de la C64 se sont rendus à Bujumbura à l'invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye un allié avéré de Félix Tshisekedi. Ce déplacement a profondément écorné l'image de la coalition, perçu par l'opinion publique comme un signal de compromission où la fermeté de l'opposition radicale a été troquée contre des tractations sous influence régionale, loin des revendications de la rue.

Initialement brandie pour défendre l'intangibilité de la Constitution, la C64 s'est progressivement départie de sa mission première. Ses revendications ont glissé d'un refus net de tout arrangement à l'exigence pressante d'un dialogue national inclusif un euphémisme souvent synonyme de négociations pour le partage du pouvoir.

Ce grand écart idéologique a mis en lumière les tâtonnements et incohérences de ses dirigeants. Alors que le mandat originel de la coalition était de barrer la route à toute tentative de tripatouillage constitutionnel, l'obsession d'obtenir une assise de négociation avec le régime a dilué sa doctrine et semé le doute au sein même de sa base militante.

La gestion du calendrier par la C64 illustre à elle seule ses hésitations et ses arrangements en sous-main. La coalition avait initialement fixé un ultimatum au 15 août, brandissant la menace de durcir le ton si le président Félix Tshisekedi ne signait pas une ordonnance convoquant le dialogue.

Plutôt qu'à un simple attentisme, cet enlisement est largement alimenté par la corruption : le pouvoir en place a massivement mis en jeu des ressources financières substantielles pour corrompre et acheter les consciences des principaux dirigeants de cette coalition d'opposition. Incapables de maintenir une ligne de front crédible face à ces largesses pécuniaires, les responsables de la C64 ont reculé pour s'accorder un répit opportuniste, reportant leur ultimatum au 15 septembre. Ce énième report témoigne d'une incapacité à matérialiser les menaces brandies, renforçant l'impression d'une opposition achetée et subordonnée au tempo politique dicté par la majorité au pouvoir.

Des intérêts économiques croisés et un jeu de dupes

Au-delà des postures publiques, un examen minutieux des composantes de la C64 révèle la présence d'acteurs dont les intérêts économiques et pécuniaires sont intimement liés au statu quo ou aux bonnes grâces du pouvoir en place. Ces connexions souterraines et ces pactes financiers paralysent toute velléité de véritable confrontation politique.

De fait, nombre d'analystes et d'observateurs politiques s'accordent à dire que la C64 joue en réalité le jeu de Félix Tshisekedi. En focalisant le débat sur l'éventualité d'un dialogue et en multipliant les ultimatums sans lendemain sous influence financière, la coalition offre au régime une précieuse couverture politique. Elle contribue, bon gré mal gré, à légitimer le narratif et le projet de changement de la Constitution en transformant un combat de principes en un simple marché de dupes.

Face aux errements, à la vénalité des dirigeants, aux calculs politiciens et au double jeu attribué à la C64, le paysage de l'opposition et des forces vives cherche de nouveaux points d'ancrage. C'est dans ce vide de crédibilité que la coalition Sauvons la RDC, menée par les héritiers politiques de l'ancien président Joseph Kabila, gagne du terrain. Perçue par une frange croissante de la population et des analystes comme une alternative plus structurée et moins compromise face aux manœuvres de Kinshasa, elle récupère l'espace contestataire laissé vacant par une opposition traditionnelle engluée dans ses compromissions.

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