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Chine-USA : La vraie fausse détente

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·25 septembre 2026·5 min de lecture

Il y avait quelque chose d'inhabituel, presque théâtral, dans l'image qui a fait le tour du monde mercredi : Donald Trump, en personne, foulant le tarmac de la base d'Andrews pour accueillir Xi Jinping à sa descente d'avion. Un geste rare, presque une rupture de protocole, tant les présidents américains préfèrent d'ordinaire attendre leurs homologues dans le confort feutré de la Maison-Blanche. Mais cette fois, Washington a visiblement voulu marquer les esprits.

Pendant trois jours, la capitale américaine s'est parée de ses habits les plus solennels pour recevoir le président chinois et son épouse, Peng Liyuan : tapis rouge déroulé sur l'asphalte, garde d'honneur au garde-à-vous, ballet de chasseurs dans le ciel washingtonien, et, en point d'orgue, un dîner de gala orchestré par Melania Trump elle-même. Une mise en scène à la hauteur de l'enjeu la première visite d'un dirigeant chinois dans la capitale fédérale en plus de dix ans.

Derrière le faste, l'essentiel se jouait ailleurs, dans les salons feutrés où se négociait la trêve commerciale entre les deux géants économiques. Elle a été actée dès les premières heures : Washington et Pékin prolongent leur accalmie tarifaire jusqu'à la mi-janvier, s'épargnant, pour quelques mois encore, une nouvelle salve de droits de douane. Une trêve, pas une paix et chacun le sait, car sous le vernis diplomatique, c'est bel et bien une guerre froide larvée qui continue de structurer les rapports entre les deux capitales.

Cette rivalité de fond se lit d'abord sur le dossier iranien. Xi Jinping a profité de son passage à Washington pour appeler à la retenue, exhortant son hôte à privilégier la voie diplomatique plutôt que l'escalade.

La réponse n'a pas tardé : depuis Téhéran, le président Massoud Pezeshkian a renvoyé la balle dans le camp américain, estimant que c'est à Washington de mettre fin aux hostilités. Un échange révélateur, tant Pékin ne cache plus son soutien de fait à l'Iran comme il le fait depuis longtemps, plus ouvertement encore, avec la Russie de Vladimir Poutine.

Car c'est bien là que se niche le nœud du problème : la Chine, en s'arrimant à Moscou et à Téhéran, dessine les contours d'un bloc qui s'oppose, presque terme à terme, à l'ordre voulu par Washington. Sur l'Ukraine, Pékin se drape volontiers dans l'habit du médiateur, tout en maintenant des liens économiques et diplomatiques étroits avec le Kremlin une ambiguïté qui n'échappe à personne à Washington, et qui alimente la méfiance plus qu'elle ne l'apaise.

Mais le théâtre le plus discret de cette rivalité, c'est sans doute l'Afrique. Car pendant que les projecteurs se braquent sur les poignées de main washingtoniennes, une autre bataille, plus silencieuse, se joue sur le continent africain.

La Chine y a injecté des milliards de dollars, tissant sa toile jusque dans les entrailles du sous-sol : elle pèse lourdement sur les ressources minières de la République démocratique du Congo, de la Zambie et de la Guinée, met la main sur des ports stratégiques et s'implante durablement dans le secteur pétrolier. Une influence tentaculaire que Washington observe avec une inquiétude grandissante, et qu'elle cherche désormais, tant bien que mal, à contrer.

Cette guerre froide aux multiples visages soutien diplomatique et stratégique à des rivaux de Washington en Ukraine et au Moyen-Orient, rivalité économique et minière en Afrique, compétition technologique jusque dans les laboratoires d'intelligence artificielle voilà le véritable arrière-plan de la rencontre de Washington.

Sur ce dernier front, justement, la compétition ne connaît pas de répit : les deux capitales se livrent une course effrénée pour dominer l'IA, quand bien même les entreprises technologiques elles-mêmes, conscientes des risques qu'elles contribuent à créer, réclament aujourd'hui un encadrement plus strict de leurs propres créations.

Course contre la montre d'un côté, appel à la prudence de l'autre : le tableau résume assez bien l'esprit du moment. Jamais l'innovation n'a semblé filer aussi vite, et jamais l'inquiétude qu'elle suscite n'a paru aussi partagée y compris par ceux qui en profitent le plus.

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