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Les tentacules de Félix Tshisekedi

Le régime de Kinshasa a mis en place une stratégie de corruption ciblant les pays voisins de la RDC, les médias et les organisations internationales afin qu'ils adhèrent et soutiennent son narratif contre le Rwanda.

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·31 août 2026·5 min de lecture

Depuis son accession au pouvoir en 2019, l'administration de Félix Tshisekedi a progressivement institutionnalisé une politique de répression ciblée, visant en premier lieu les voix dissidentes et les oppositions politiques. Au cœur de cette stratégie sécuritaire, les populations swahiliphones, en particulier les ressortissants du Kivu et du Katanga, font l'objet d'une suspicion généralisée.

Cette dérive autoritaire s'appuie sur une machinerie judiciaire et policière où abonde un chef d'inculpation standardisé : la collusion présumée avec l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23, un mouvement militaire congolais qui contrôle une partie de l'Est de la RDC que Kinshasa relie systématiquement au Rwanda voisin, souvent au mépris de la charge de la preuve formelle.

Dans les geôles de Kinshasa, les cas s'accumulent. Des dignitaires civils et des officiers militaires croupissent en détention arbitraire, victimes de purges politiques déguisées en dossiers de sûreté nationale. Mais la contestation et la liberté d'expression ne sont plus seulement traquées à l'intérieur des frontières nationales ; elles font l'objet d'une traque transfrontalière méthodique.

La longue main de l'ANR et de la DEMIAP dans la sous-région

Portés par l'Agence Nationale de Renseignements (ANR) et les renseignements militaires (DEMIAP), les services de sécurité congolais ont étendu leur emprise répressive au-delà de leurs bases. Grâce à une coopération tacite ou active avec plusieurs États voisins notamment la Zambie, le Burundi et la Tanzanie Kinshasa réussit à neutraliser des opposants et des activistes exilés.

Les précédents zambiens ont marqué les esprits : plusieurs figures de l'opposition originaire du Katanga y ont été mystérieusement interpellées avant d'être extrajudiciairement extradées vers Kinshasa. On retient notamment les cas emblématiques du pasteur Daniel Ngoy Mulunda et du jeune Hugo Muteba, arrachés à leur terre d'exil au mépris des conventions internationales sur les réfugiés.

Le mode opératoire s'est ensuite répété au Burundi. Les autorités burundaises ont procédé à l'arrestation de l'humanitaire et historien congolais Benjamin Babunga. Détenu arbitrairement à Bujumbura, il subit le sort réservé à ceux que Kinshasa soupçonne, sans fondement vérifiable, d'intelligence avec le Rwanda.

La nasse s'est refermée un peu plus ce dimanche 30 août 2026 en Tanzanie. L'influenceuse et ancienne communicatrice du pouvoir de Kinshasa tombée en disgrâce, Denise Dusauchoy, a été interpellée par les services secrets tanzaniens en parfaite intelligence avec le renseignement de la RDC. Une arrestation qui illustre la perméabilité totale des souverainetés nationales face aux desiderata sécuritaires de Kinshasa.

Ces dérives démontrent à quel point les gouvernements du continent s'affranchissent des aspirations fondamentales des peuples. L'Union africaine, de même que les différentes communautés économiques régionales, s'emluent trop souvent en de véritables syndicats de chefs d'État, scellant une solidarité de façade purement criminelle face aux souffrances des populations civiles.

Ce recul des libertés trouve un écho particulièrement sombre en Tanzanie. Autrefois terre d'asile et bastion du panafricanisme légué par Julius Nyerere, le pays connaît un tournant inquiétant depuis l'exercice du pouvoir par Samia Suluhu. La répression des mouvements contestataires illustrée par les milliers de victimes des crises post-électorales et l'emprisonnement continu d'opposants majeurs à l'instar de Tundu Lissu transforme un ancien sanctuaire des persécutés en un rouage supplémentaire de la dictature sous-régionale.

À mesure que les frontières s'ouvrent aux polices politiques et se ferment aux démocrates, c'est l'ensemble de l'architecture des droits humains en Afrique centrale et de l'Est qui prend l'eau, révélant la vulnérabilité absolue de tout citoyen dès lors qu'il ose déplaire aux palais présidentiels.

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