
N-ième round de négociation entre l'AFC/M23 et Kinshasa : peut-on espérer une avancée cette fois-ci ?
Pour espérer un règlement définitif et une paix durable à l'est de la RDC, deux hypothèses se dégagent
Le gouvernement congolais et l'AFC/M23 se sont retrouvés en Suisse pour un nouveau round de négociations dans le cadre du processus de paix entamé à Doha, au Qatar, puis délocalisé par la suite en raison de la situation prévalant au Moyen-Orient. Durant quatre jours, les deux parties se sont réunies avec l'objectif de relancer un processus de paix qui peine à progresser, malgré la persistance des violations du cessez-le-feu sur le terrain.
Un communiqué conjoint a sanctionné ce nouveau round ce samedi 22 août 2026. Selon une déclaration de l'AFC/M23 publiée dans la soirée, les points clés suivants ont été actés :
- Mécanisme de vérification : Les parties ont salué les progrès continus réalisés dans la mise en œuvre du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+), notamment la mise en place de son secrétariat. Une mission de reconnaissance a également eu lieu le 20 août avec l'appui logistique de la MONUSCO, en amont de la première mission de vérification du cessez-le-feu prévue le 24 août à Minembwe. Les deux camps ont convenu de l'importance d'une méthode standardisée pour signaler les allégations de violations.
- Mécanisme de suivi : Un mécanisme de suivi sera mis en place pour examiner les progrès accomplis et surmonter les défis liés à l'application des obligations et engagements pris au titre de l'accord-cadre de Doha.
- Feuille de route : Une feuille de route définissant les étapes successives et le calendrier des négociations a été élaborée. Les parties se sont engagées à faire preuve de flexibilité et de créativité. Il a été convenu que l'ordre de négociation des protocoles ne détermine pas l'ordre de leur mise en œuvre, réaffirmant ainsi l'engagement commun en faveur d'une paix globale.
- Remerciements : Les délégations ont exprimé leur gratitude envers l'État du Qatar, les États-Unis d'Amérique, la République du Togo (médiateur de l'UA), la Commission de l'UA et la Suisse pour leur soutien indéfectible à la stabilité dans l'est de la RDC et dans la région des Grands Lacs.
Est-ce une vraie avancée pour la paix et le règlement pacifique du conflit en RDC ?

Il faut souligner que, comme lors des précédents rounds de négociations, l'escalade militaire s'est poursuivie sur le terrain pendant que les délégations siégeaient en Suisse. La coalition (FARDC, FNDB, FDLR, Wazalendo) a multiplié les attaques généralisées dans les zones sous contrôle de l'AFC/M23, principalement dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

Le 22 août 2026, par exemple, plusieurs drones kamikazes ont été lancés sur les localités de Mukoko et de Nyamabuguma, dans l'axe de Minembwe. Plus tôt dans la semaine, ce sont Luntukulu et Luhago, dans le territoire de Walungu, qui ont subi d'intenses bombardements de l'armée congolais, causant la mort de plusieurs civils innocents. De plus, l'armée burundaise, alliée de Kinshasa, continue de renforcer ses troupes dans l'est du pays en prévision d'une intensification des affrontements.
Les signaux envoyés par Kinshasa laissent ainsi peu de chances à la réussite de ce processus de paix. À l'instar des initiatives avortées de Luanda (Angola) et de Nairobi (Kenya), l'option privilégiée par les autorités congolaises semble demeurer militaire. En témoignent ces diverses attaques en violation du cessez-le-feu et les renforts de troupes déployés sur le terrain. En face, malgré plusieurs gestes de bonne foi de la part de l'AFC/M23 qui s'est retirée de plusieurs localités et agglomérations conquises pour donner sa chance au dialogue , Kinshasa n'a rien concédé.
Les deux hypothèses

Pour espérer un règlement définitif et une paix durable à l'est de la RDC, deux hypothèses se dégagent :
- Une pression internationale accrue sur le gouvernement congolais afin de le contraindre à abandonner l'option militaire, à s'engager véritablement dans une logique de dialogue constructif et à respecter strictement les clauses des négociations.
- Une avancée militaire de l'AFC/M23 vers le Katanga, poumon économique de la RDC, dont les ressources minières permettent au gouvernement de financer l'achat d'armes, le recrutement de mercenaires, ainsi que son lobbying et ses narratifs sur le conflit.
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