
Martin Fayulu : le relais de l'idéologie Anti-tutsi
L'appartenance des Tutsi congolais à la RDC n'est ni un cadeau, ni une faveur, ni encore le fruit d'un arrangement
“Ça veut dire quoi Banyamulenge ? C'est quoi Banyamulenge ? Il faut que l'on nomme les gens. Si les gens disent que c'est une communauté rwandaise qui est venue s'installer au Congo et que, bon, ils veulent avoir la nationalité congolaise, c'est ce qu'on avait dit à la Conférence Nationale, et que la nationalité peut se demander individuellement, ou bien que les enfants qui sont nés là et qui sont congolais, je suis d'accord. Mais quand on dit Banyamulenge, ça veut dire quoi ? Mulenge, là-bas au sud du Kivu, il y a les Banyamulenge. Les tribus... Moi, je fais partie d'une tribu ; quand je suis parti à Tervuren, au musée, vous allez voir toutes les tribus du Congo, et chaque tribu a une langue. OK ? Moi, bon, je vais parler de ma tribu, et je sais parler cette langue-là. Le Kibala, c'est une langue qu'on parle. Qui est congolais ici qui n'a pas de langue ? Levez les doigts !”

Ces propos d'une extrême gravité ont été tenus par Martin Fayulu, figure de l'opposition, membre du Présidium de la coalition C64 et ancien candidat malheureux aux élections présidentielles de 2018 et 2023 en RDC, lors d'une intervention publique à Bruxelles, en Belgique. Ces déclarations maladroites ont suscité une vive indignation au sein de l'opinion publique en RDC et dans la diaspora congolaise. En remettant en cause de manière péremptoire l'identité des Tutsi congolais, le président du parti ECIDE a franchi une ligne rouge, selon de nombreux Congrais ayant réagi à ses propos.
Les déclarations de Martin Fayulu ne sont pas de simples erreurs d'inattention ; elles s'inscrivent dans une démarche de négationnisme d'autant plus dangereuse qu'elle émane d'un acteur politique se réclamant républicain et nationaliste. Dans ses déclarations, il ne s'est pas contenté de dénier la nationalité congolaise aux Tutsi congolais, il s'est également permis de minimiser et de banaliser les multiples massacres, passés et présents, subis par cette communauté. Jusqu'à ce jour, les Tutsi congolais continuent d'être victimes de bombardements et de tueries orchestrés par une coalition incluant les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), l'armée burundaise, les rebelles rwandais des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et les miliciens Wazalendo.

Banaliser ces faits revient à légitimer l'oppression et à absoudre les auteurs de ces crimes. Le négationnisme est une arme destructrice qui banalise la souffrance d'autrui. Lorsqu'un leader politique de cette envergure refuse de reconnaître l'humanité et le droit à la citoyenneté d'une partie de ses compatriotes, il ne se contente pas de diviser : il encourage l'extermination.
L'exemple des peuples Lunda, Tchokwe, Lamba ou Bemba
Il est crucial de rappeler des évidences historiques pour contrer ce discours populiste. Tout comme les communautés Lunda, Tchokwe, Lamba ou Bemba sont présentes à la fois en RDC, en Zambie et en Angola sans que leur congolité soit remise en cause, les Tutsi congolais sont des citoyens à part entière. Leurs ancêtres peuplaient les terres de Masisi, Rutshuru et Fizi bien avant la constitution formelle de l'État congolais moderne. Leurs droits ne découlent d'aucune concession, mais de leur ancrage séculaire sur le sol national.
“L'appartenance des Tutsi congolais à la RDC n'est ni un cadeau, ni une faveur, ni encore le fruit d'un arrangement. Ils sont en RDC, terre de leurs ancêtres, et nul n'a le droit de leur dénier cela. La haine, le tribalisme et le négationnisme ne constituent ni une source ni une base de droit ; ils ne peuvent en aucun cas effacer, changer ou réviser l'histoire. Cette vérité historique est indéniable, et aucune manœuvre politique ne saurait l'annuler.”

Une idéologie convergente avec le pouvoir en place

Ce qui frappe également dans ces propos, c'est la convergence idéologique inquiétante entre Martin Fayulu et le régime de Félix Tshisekedi. Depuis l'avènement de ce dernier, le discours anti-Tutsi s'est institutionnalisé. Des autorités publiques aux médias proches du pouvoir, la marginalisation est devenue la norme, allant parfois jusqu'à des appels explicites au massacre et à l'extermination.
Il est surprenant de constater que Martin Fayulu, qui se revendique comme opposant et alternative au pouvoir en place, partage la même idéologie de stigmatisation et de discrimination ethniques, ainsi qu'une lecture biaisée de la situation à l'est de la RDC et des relations entre la RDC et ses voisins de l'Est. Il reprend le même narratif qui fait du Rwanda le bouc émissaire de la mauvaise gouvernance et de l'insécurité en RDC.

Cette stratégie du bouc émissaire, utilisée pour détourner l'attention des échecs de gouvernance, est un aveu de faiblesse politique. En adoptant cette rhétorique, M. Fayulu démontre que les Congolais ne peuvent pas compter sur lui, puisqu'il recycle les mêmes vieilles recettes qui ont prouvé leurs limites.
La répétition constante de ces discours par les autorités et les relais médiatiques à la solde du pouvoir ne fait qu'amplifier la menace qui pèse sur les Tutsi congolais, transformant des citoyens en cibles légitimes dans l'imaginaire collectif.
“Il est impératif que cessent les discours de haine, ainsi que les bombardements aveugles menés à l'est du pays contre les Tutsi congolais. Nous en appelons à l'implication des instances judiciaires internationales : les crimes commis sous couvert de discours de haine, les massacres et les bombardements de cette minorité ethnique doivent être documentés et sévèrement sanctionnés par la justice internationale.”
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