
martin fayulu doit cesser de réécrire l’histoire du congo : les banyamulenge ne sont pas des étrangers sur leur terre
l’histoire du congo ne commence pas avec les guerres de 1996 ou de 1998
Tribune de Maître Jean Paul paluku ngahangondi
plusieurs travaux historiques, universitaires et académiques documentent pourtant la présence ancienne et continue de populations rwandophones et tutsies sur le territoire de l’actuelle république démocratique du Congo, bien avant, pendant et après la période coloniale. cette réalité historique, attestée par de nombreuses recherches, ne peut être effacée ou réduite à des considérations politiques contemporaines.
Il est donc urgent de mettre fin à cette dangereuse simplification qui consiste à considérer systématiquement toute personne appartenant à une communauté rwandophone ou tutsie comme une personne étrangère au Congo. L’appartenance communautaire, la langue ou l’origine culturelle ne constituent pas, à elles seules, une preuve de nationalité étrangère. Une telle généralisation nourrit les préjugés, renforce les discours de haine, banalise les discriminations et peut contribuer à légitimer des violences contre des populations entières.
La question de la nationalité doit être examinée sur la base du droit, des documents, de l’histoire et des faits individuels, et non sur la base de l’ethnie, de la langue ou de l’apparence. Aucun Congolais ne devrait être contraint de démontrer son appartenance à la nation en raison de son nom, de sa communauté ou de la langue qu’il parle.
Reconnaître cette réalité historique ne signifie nullement nier les enjeux liés aux migrations, aux conflits armés ou aux ingérences étrangères dans l’Est de la RDC. Cela signifie simplement refuser l’amalgame entre une communauté et un État étranger. Dans un État de droit, la responsabilité est individuelle : on ne peut pas transformer une identité collective en présomption de culpabilité ou d’étrangeté.
La RDC est une nation plurielle, construite au fil de son histoire par des populations diverses. La défense de son intégrité territoriale et de sa souveraineté ne peut donc pas passer par la négation de l’existence ou de l’histoire de certaines de ses communautés. Au contraire, elle doit reposer sur la vérité historique, l’égalité devant la loi, la citoyenneté et le respect des droits fondamentaux de tous les Congolais.
REVENONS À L’HISTOIRE DES FRONTIÈRES AFRICAINES
L’Afrique n’a pas été organisée selon les frontières actuelles à partir d’une consultation démocratique des peuples africains. La colonisation a profondément transformé les espaces politiques et administratifs du continent.
Dans la région des Grands Lacs, les frontières entre le Congo, le Rwanda et le Burundi ont été progressivement fixées et réajustées sous les administrations coloniales allemande et belge. Après la Première Guerre mondiale, le Rwanda et le Burundi furent placés sous mandat de la Société des Nations et administrés par la Belgique, tandis que le Congo constituait une entité coloniale distincte.
Cela signifie qu’il est historiquement dangereux de prendre les frontières internationales actuelles et de les projeter mécaniquement sur les réalités sociales qui existaient avant leur fixation.
Les populations de la région des Grands Lacs ont toujours connu des mouvements, des échanges, des migrations et des implantations qui ne correspondaient pas nécessairement aux frontières que les puissances coloniales allaient ensuite tracer.
“C’est précisément pour cette raison que la question des populations rwandophones du Kivu et, particulièrement, celle des Banyamulenge, est devenue au fil des décennies une question de nationalité, d’identité et de citoyenneté. Des travaux universitaires montrent que cette question a été progressivement instrumentalisée par les acteurs politiques congolais et régionaux.”
L’HISTOIRE DU CONGO NE COMMENCE PAS AVEC LES GUERRES DE 1996 OU DE 1998
C’est justement là que certains discours politiques deviennent dangereux.
On ne peut pas prendre les événements tragiques des guerres du Congo, l’implication de certains acteurs rwandais ou des groupes armés et les transformer en preuve que tous les Banyamulenge seraient des étrangers ou des agents d’un État voisin.Ce raisonnement est historiquement faux et politiquement irresponsable.
Il faut distinguer clairement une communauté ethnique congolaise, un État étranger, un mouvement armé, un individu et une politique gouvernementale :
- Un Congolais tutsi n’est pas automatiquement Rwandais.
- Un Banyamulenge n’est pas automatiquement membre d’un groupe armé.
- Condamner les crimes commis par certains acteurs ne donne à
- personne le droit de criminaliser toute une communauté.
LA NATIONALITÉ CONGOLAISE NE PEUT PAS ÊTRE UNE QUESTION D’ETHNIE
La République démocratique du Congo appartient à tous ses citoyens.

La question de la nationalité des populations rwandophones du Kivu a effectivement été controversée depuis l’indépendance. Les premières législations congolaises ont tenté de définir les critères permettant de déterminer qui était Congolais, notamment en se référant à l’appartenance à des populations établies sur le territoire avant la période coloniale.
Mais cette histoire juridique complexe ne peut pas être transformée en instrument de discrimination ethnique. Si un citoyen congolais remplit les conditions prévues par la Constitution et les lois de la République, son appartenance ethnique ne peut devenir le motif de sa déchéance de citoyenneté.
“Nous devons défendre le Congo sans fabriquer des étrangers parmi les Congolais.”
MONSIEUR FAYULU, L’HISTOIRE MÉRITE MIEUX QUE LA POLITIQUE

Monsieur Martin Fayulu, vous avez parfaitement le droit d’avoir des opinions politiques et de critiquer les politiques du gouvernement. Mais lorsque vous abordez une question aussi sensible que l’identité, la nationalité et l’histoire des Banyamulenge, vous avez le devoir de vous appuyer sur des faits historiques établis plutôt que sur des slogans susceptibles d’attiser davantage les tensions communautaires.
Le Congo a déjà payé un prix extrêmement lourd pour les discours qui ont transformé l’identité en arme politique. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie.
Le Congo n’a pas besoin d’une nouvelle guerre des identités. Il a besoin d’un État de droit. Nous devons :
- Combattre les groupes armés, quels qu’ils soient.
- Poursuivre les auteurs de crimes contre les civils, quelle
- que soit leur communauté.
- Combattre les ingérences étrangères, quelle que soit leur provenance.
- Protéger chaque citoyen congolais, quelle que soit son origine ethnique.
C’est cela, défendre la République.
Et c’est précisément pourquoi nous refusons catégoriquement toute tentative de présenter les Banyamulenge comme une population étrangère par nature ou comme des citoyens dont la congolité serait éternellement suspecte.
L’histoire du Congo est complexe. Elle ne peut être réduite à des discours politiques.
Monsieur Fayulu, avant de prétendre demain diriger la République démocratique du Congo, commencez par respecter son histoire dans toute sa complexité.
Le Congo appartient à tous ses citoyens. Les Banyamulenge ont droit à la sécurité, à la citoyenneté et à la protection de l’État comme tous les autres Congolais.
“Aucune communauté ne doit être condamnée collectivement pour les crimes commis par certains de ses membres.”
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