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Le dialogue traquenard voulu par Félix Tshisekedi

Tshisekedi semble vouloir contrôler le cadre politique du dialogue avant que le rapport de force militaire ne l’oblige à le modifier. L’AFC/M23, de son côté, semble miser sur le terrain pour obtenir demain ce qu’il ne peut pas obtenir aujourd’hui autour d’une table.

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·28 août 2026·5 min de lecture

Sous la pression conjointe de la coalition de l'opposition C64 et des tractations régionales, le président congolais Félix Tshisekedi a récemment convoqué les leaders des confessions religieuses pour leur faire part de sa volonté de convoquer un dialogue politique.

Hier, jeudi 27 août, il s'est adressé à la nation pendant 40 minutes pour définir le cadre et les contours de ce dialogue. Il vient d'y exclure l'AFC/M23 ainsi que le camp de l'ancien président Joseph Kabila, qu'il accuse d'être à la solde du Rwanda, tout en renvoyant l'AFC/M23 au processus de Doha.

​Il faut souligner que plusieurs observateurs trouvent que cette initiative va accoucher d'une souris, le président Tshisekedi étant lui-même acteur et partie prenante de la crise politique. Il ne peut donc se substituer à un arbitre neutre pour définir les contours du dialogue et sélectionner les participants.

Certains estiment qu'il s'agit d'un piège tendu à l'opposition et à la société congolaise. Félix Tshisekedi est en train de monter une stratégie qui va aboutir à légitimer son projet de changement de la Constitution, que son camp politique défend depuis le début de son second mandat.

Une partie significative de l'opposition, dont plusieurs responsables de la C64 déjà consultés, rejette le format du dialogue tel que présenté. Il n'est pas exclu qu'un retour de la contestation dans la rue se manifeste si ce rejet se confirme.

Un arbitrage impossible et une inclusivité compromise

Plusieurs acteurs de l'opposition et le Cardinal Fridolin Ambongo avaient, chacun à leur manière, insisté sur la nécessité d’un dialogue réellement inclusif. Martin Fayulu va même jusqu’à défendre la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, estimant qu’on ne peut régler durablement la crise sans entendre toutes les parties prenantes.

Dès lors, une question fondamentale se pose : que restera-t-il de l’inclusivité de ce dialogue si certains des principaux acteurs de la crise en sont exclus ?

Le Président Tshisekedi veut-il un véritable dialogue national, avec des règles définies de manière consensuelle, ou un cadre dont le pouvoir fixe lui-même les limites et les participants ?

Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de convoquer le dialogue, mais de déterminer qui en fixe les règles, qui y participe et quelle légitimité ses conclusions auront.

Félix Tshisekedi joue-t-il la montre ?

À trois mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, qui pourraient fragiliser politiquement l’administration de Donald Trump, la question du rapport de force dans l’Est de la République démocratique du Congo devient plus déterminante que jamais.

Washington avait exercé une forte pression sur l’AFC/M23 afin d’obtenir son retrait d’Uvira. Mais pendant que l’administration américaine tente de maintenir la pression, Kinshasa semble, de son côté, jouer la montre. Le président Félix Tshisekedi a annoncé l’organisation d’un dialogue national, tout en excluant explicitement l’AFC/M23 de ce processus.

Sur le terrain, la réalité militaire risque de finir par imposer sa propre logique. Car en politique comme dans les négociations de paix, le rapport de force demeure souvent le principal facteur qui détermine les positions autour de la table.

L’AFC/M23 contrôle déjà plusieurs territoires et a réussi à s’emparer de grandes villes stratégiques comme Goma et Bukavu. Si les affrontements reprennent et que la pression militaire se poursuit, le mouvement pourrait être tenté d’étendre davantage son contrôle territorial. Chaque nouvelle conquête renforcerait alors son poids politique et sa capacité à imposer ses conditions dans un éventuel processus de dialogue.

En excluant l’AFC/M23 du dialogue, Kinshasa cherche à préserver le principe selon lequel aucun groupe armé ne doit pouvoir obtenir une légitimité politique par la force. Mais, dans le même temps, l’évolution du rapport de force sur le terrain pourrait rendre cette exclusion de plus en plus difficile à maintenir.

Kinshasa peut minimiser la portée de la prise de Goma, de Bukavu et d’autres villes. Mais ces événements ont une réalité politique et militaire. Ils modifient les équilibres et donnent à l’AFC/M23 des arguments supplémentaires pour revendiquer une place dans les discussions sur l’avenir du pays et de l’Est en particulier.

​Si les élections de mi-mandat affaiblissent l’administration Trump, la pression exercée actuellement sur les différents protagonistes pourrait perdre de son intensité. L’AFC/M23 pourrait alors considérer qu’une fenêtre stratégique s’ouvre devant lui. D’où la nécessité, pour Kinshasa, de ne pas miser uniquement sur le temps et sur une hypothétique évolution de la position américaine.

Celui qui gagne du terrain pendant que l’autre attend finit souvent par arriver à la table des négociations avec davantage de cartes en main.

la crédibilité du processus

Dans cette équation, une autre force pourrait jouer un rôle déterminant : les Églises. ​Félix Tshisekedi a réussi à placer l’Église catholique et les Églises de réveil au centre de la dynamique politique autour du dialogue. Mais leur participation pourrait également devenir un casse-tête pour Kinshasa. Ces acteurs religieux ont déjà défendu l’idée d’un dialogue inclusif. Or, comment pourraient-ils défendre un processus véritablement inclusif tout en acceptant l’exclusion l’un des principaux protagonistes du conflit ?

​Si les Églises participent au processus, elles devront répondre à cette contradiction : soutenir un dialogue national tout en acceptant qu’un acteur majeur de la crise en soit exclu. Si elles refusent cette logique, elles pourraient au contraire exercer une pression supplémentaire sur le pouvoir pour élargir le processus.

Au fond, le véritable enjeu dépasse aujourd’hui la simple organisation d’un dialogue. Il porte sur qui aura suffisamment de poids pour en définir les règles, les participants et l’agenda.

Tshisekedi semble vouloir contrôler le cadre politique du dialogue avant que le rapport de force militaire ne l’oblige à le modifier. L’AFC/M23, de son côté, semble miser sur le terrain pour obtenir demain ce qu’il ne peut pas obtenir aujourd’hui autour d’une table.

​Et si le rapport de force continue à évoluer en faveur de l’AFC/M23, Kinshasa pourrait découvrir que jouer la montre n’est pas toujours une stratégie gagnante. Parfois, c’est simplement laisser le temps à l’adversaire de renforcer sa position.

En clair, le dialogue voulu par Félix Tshisekedi n'a rien et ne ressemble en rien à un processus visant le traitement des causes profondes qui freinent le décollage et le développement de la RDC depuis son accession à l'indépendance en juin 1960.

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