
Rwanda-Belgique : la fin d'une rupture, mais est-ce aussi la fin du contentieux ?
La Belgique a adopté une attitude très penchée et partiale en faveur de Kinshasa dans la crise qui secoue l'est de la RDC, incriminant le Rwanda tout en restant taiseuse et complaisante face à la politique belliqueuse du régime Tshisekedi et à son soutien aux FDLR.
Le 22 septembre 2026, à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, les ministres des Affaires étrangères rwandais et belge, Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot, ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques entre leurs deux pays. Une poignée de main devant le siège de l'ONU a mis fin à dix-huit mois de rupture, initiée par Kigali le 17 mars 2025.
Les deux ambassades doivent rouvrir prochainement, d'abord avec des équipes réduites dirigées par des chargés d'affaires, avant la nomination de nouveaux ambassadeurs.

Pour comprendre l'ampleur de cette rupture, il faut revenir au contexte de son déclenchement.
Depuis sa résurgence en novembre 2021, le M23 devenu par la suite l'AFC/M23, un mouvement politico-militaire congolais dirigé sur le plan politique par Corneille Nangaa, ancien président de la commission électorale congolaise, et sur le plan militaire par le général Sultani Makenga, et rassemblant des Congolais originaires de plusieurs provinces du pays et non d'une seule communauté mène une offensive progressive dans l'est de la République démocratique du Congo, qui s'accélère fin 2024 et début 2025 avec la prise de Goma puis de Bukavu, capitales respectives du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Dans ce climat de guerre prolongée, Bruxelles adopte une posture résolument critique envers Kigali, appelant à des sanctions européennes et se rangeant, dans les faits, derrière la position de Kinshasa.

Le 17 mars 2025, le gouvernement rwandais annonce rompre « avec effet immédiat » ses relations avec la Belgique, dénonçant des « tentatives pitoyables de maintenir ses illusions néocoloniales » et une mobilisation systématique contre le Rwanda dans les forums internationaux.
Le cœur du grief rwandais tient à ce déséquilibre : la Belgique a repris à son compte, sans nuance, les accusations d'un soutien militaire rwandais à l'AFC/M23, alors même que le mouvement est d'abord un acteur congolais, porté par une base congolaise plurielle et des griefs congolais anciens, remontant bien avant la crise actuelle.
Pour les autorités rwandaises, Bruxelles s'est ainsi transformée en porte-voix diplomatique de Kinshasa, plutôt que de jouer un rôle d'acteur neutre capable de comprendre les racines profondes de l'instabilité dans les Grands Lacs à commencer par la présence, jamais résolue, de groupes armés comme les FDLR sur le sol congolais.
Ce déséquilibre apparaît d'autant plus frappant que le président congolais Félix Tshisekedi, qui a longtemps résidé en Belgique avant son accession au pouvoir, y a conservé des réseaux d'influence significatifs. Cette proximité a nourri, côté rwandais, le sentiment que la diplomatie belge peinait à distinguer son rôle d'ancienne puissance coloniale de celui d'arbitre impartial, et qu'elle accordait à Kinshasa une indulgence qu'elle refusait à Kigali.
Cette indulgence est d'autant plus contestée qu'elle s'accompagne, selon les détracteurs de la politique belge, d'un silence prolongé face aux dérives du pouvoir congolais : assassinats ciblés, disparitions forcées, arrestations arbitraires d'opposants et de journalistes, et surtout les massacres visant la communauté banyamulenge dans le Sud-Kivu, documentés à plusieurs reprises par des organisations de défense des droits humains sans provoquer de réaction diplomatique belge comparable à la sévérité affichée envers Kigali.

Ce silence s'étend, disent les critiques, jusque sur le sol belge lui-même. Le cas du journaliste congolais Claude Pero Luwara, réfugié politique à Tirlemont, en est l'illustration la plus frappante : visé par une prime de 4 millions de dollars promise par l'ex-ministre congolais de la Justice Constant Mutamba, qui l'accusait sans preuve d'être complice de l'AFC/M23, il a été agressé à plusieurs reprises près de son domicile, la dernière fois à coups de marteau en septembre 2026.

La justice belge a elle-même reconnu un « mobile politique » dans ces attaques et condamné les agresseurs un jugement clair, mais qui n'a pas empêché ces actes de répression transnationale de se répéter sur le sol belge sans réaction diplomatique forte et proactive de Bruxelles à l'égard de Kinshasa.
Le silence belge est également pointé du doigt sur un autre terrain sensible : les manœuvres de Félix Tshisekedi pour réviser, voire changer, la Constitution congolaise une entreprise perçue par une partie de l'opposition et de la société civile congolaises comme une tentative de se maintenir au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles actuelles. Sur ce dossier aussi, la diplomatie belge n'a pas fait entendre de voix critique comparable à celle qu'elle réserve à Kigali.
Face à cette pression, Kigali a tenu bon. Pendant les dix-huit mois de rupture, le Rwanda n'a cédé à aucune sommation ni chantage diplomatique belge : ni convocation, ni menace de sanctions supplémentaires, ni pression médiatique n'ont infléchi la position rwandaise, qui a constamment rejeté les accusations d'implication militaire dans le conflit.

Le dégel n'est venu que d'un travail patient de dialogue discret, entamé dès juin 2025 grâce à la médiation du Qatar, qui a organisé une première rencontre entre les deux ministres à Doha, suivie de plusieurs mois de contacts informels ayant permis d'aborder différends et malentendus.
Le communiqué conjoint publié à l'issue de la rencontre de New York évoque « l'aboutissement d'un processus de franches discussions » et « un effort respectueux commun ». Maxime Prévot a toutefois tenu à préciser que ce rétablissement ne signifiait pas un abandon de la position belge sur l'intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC signe que les divergences de fond restent entières et non résolues.

La reprise des relations diplomatiques est, en soi, une bonne nouvelle pour les citoyens des deux pays : elle rouvre les canaux de coopération économique, universitaire et consulaire qui avaient été interrompus, et elle offre un cadre pour un dialogue que la rupture rendait impossible. Mais cette normalisation ne pourra porter ses fruits durablement que si elle repose sur un respect mutuel réel, et non sur la reconduction d'un rapport où la Belgique continuerait de se poser en juge moral de son ancienne colonie.
Pour de nombreux observateurs à Kigali, l'épreuve de vérité sera la capacité de Bruxelles à traiter désormais le Rwanda comme un partenaire égal, débarrassé des réflexes de tutelle hérités de l'histoire coloniale.
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