
Répression en RDC : le spectre de l'exil et la traque des voix dissidentes (2022-2026)
Alors que les arrestations arbitraires, les disparitions forcées et la répression transnationale se multiplient, le régime congolais resserre son étau sur chaque voix dissidente — des prisons de Kinshasa aux rues de Bruxelles et de Bujumbura. Cinq experts retracent l'anatomie d'un système qui traque ses opposants jusque dans l'exil.
La République démocratique du Congo s'enfonce dans une ère de terreur sans précédent. Depuis plusieurs mois, un phénomène aussi effroyable qu'incontestable frappe le pays : une vague systématique d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées et de séquestrations ciblant des citoyens qui osent regagner leur patrie après des séjours à l'étranger. À Kinshasa comme dans les grandes villes, le constat est unanime : le régime impose une dérive totalitaire avec une brutalité croissante depuis 2022. Sous couvert de maintien de l'ordre, le pouvoir actuel a instauré une stratégie implacable visant à broyer toute dissidence. Les prisons sont transformées en mouroirs pour les activistes pro-démocratie, les lanceurs d'alerte et les opposants politiques, tandis que les voix critiques sont contraintes à l'exil pour sauver leur vie.
Le climat de peur est tel que, le 13 avril 2026 à Kinshasa, la ministre belge de l'Immigration, Mme Anneleen Van Bossuyt, a révélé qu'au premier trimestre 2026, plus de 450 Congolais ont demandé l'asile en Belgique, majoritairement pour des motifs politiques, un chiffre sans précédent. Ce mouvement s'observe également en France, en Suisse, au Royaume-Uni et en Italie, où de nombreux Congolais affluent pour demander l'asile afin d'échapper à la politique de répression, à la tyrannie, au tribalisme et à la rhétorique guerrière du régime face à la situation à l'Est du pays. De nos jours, de grandes figures de l'opposition croupissent en prison, à l'instar de Messieurs Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadari (PPRD), ainsi que de plusieurs dizaines d'autres acteurs tels que Parole Kamizelo, Barnabé Milinganyo ou encore Nathanaël Onokonda.


Comme si cela ne suffisait pas, le régime a élargi sa traque à l'étranger. Dans la sous-région, nous pouvons citer l'enlèvement en Zambie du pasteur Daniel Ngoy Mulunda et d'Igor Muteb, ainsi que le cas de l'humanitaire Benjamin Babunga, arrêté à Bujumbura sur demande expresse de Kinshasa. En Belgique, le journaliste Claude Pero Luwara, ainsi que les opposants Seth Kikuni, Claudel Lubaya et Don Pierro, ont tous subi des agressions commanditées par le régime dans le but de les réduire au silence. Toute voix qui s'élève pour défendre un point de vue différent de celui de l'UDPS au pouvoir est systématiquement réprimée.

Le projet de révision de la Constitution a encore renforcé cette dérive : depuis le lancement de la campagne de vulgarisation dudit projet, l'appareil répressif s'est intensifié. Quiconque s'y oppose est immédiatement taxé de « Rwandais » ou d'« ennemi de la République ». Ayant initialement exprimé des réserves, le professeur Bahati Lukwebo (AFDC) s'est récemment vu contraint de revenir sur ses déclarations sous la pression. La machine du régime a activé le dédoublement de son regroupement politique et il a lui-même déclaré subir une persécution fiscale. De plus, plusieurs membres de son parti ont été arrêtés le 8 mai 2026 au Beach Ngobila à Kinshasa, alors qu'ils rentraient de Brazzaville.
La République démocratique du Congo compte aujourd'hui le plus grand nombre de demandeurs d'asile africains en Europe, aux États-Unis et au Canada. Fait notable : la quasi-totalité de ces derniers provient non pas de l'Est ravagé par le conflit, mais de Kinshasa et des autres grandes villes sous contrôle gouvernemental, dessinant ainsi un tableau extrêmement sombre de la gouvernance actuelle. À ce constat, il faut ajouter la répression sans pitié des militants de l'ECiDé, le parti de Martin Fayulu. Pour avoir protesté contre les résultats de la mascarade électorale de 2023, nombre d'entre eux croupissent en prison depuis plusieurs mois sans avoir été présentés à un juge.
Il est aujourd'hui clair que la République démocratique du Congo représente un danger très sérieux pour toute voix critique à l'égard du régime en place. Les Congolais ayant quitté le pays pour séjourner en Occident courent un grand risque d'emprisonnement en cas de retour, en raison des suspicions du régime, exacerbées par les récentes manifestations de la diaspora contre la mauvaise gouvernance, le tribalisme, les bombardements des civils à l'Est par l'armée congolaise et le projet de révision constitutionnelle initié par le régime Tshisekedi. Face à cela, plusieurs observateurs conseillent aux ressortissants congolais à l'étranger de ne pas rentrer pour leur propre sécurité.
P.Lem's Lunda Mulongo