
Goma et Bukavu viennent de rappeler à Kinshasa que la Constitution n'est pas la propriété privée d'un président
On ne change pas les règles de la République pour réparer l'échec d'un homme ou sauver sa carrière politique. Tribune de Sandra Nkulu Kyungu sur la mobilisation populaire du 28 juillet 2026 dans les deux Kivu.
Tribune de Sandra Nkulu Kyungu, coordonnatrice du PPRD/Diaspora

Comment ne pas féliciter vivement les populations de Goma et de Bukavu qui, le 28 juillet 2026, sont descendues massivement dans les rues pour dire NON à toute manœuvre constitutionnelle susceptible d'ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi ?
Cette démonstration exprime le cri de deux villes qui ont payé, dans leur chair, le prix de l'échec de l'État.
Ces citoyens ont vécu :
- La guerre ;
- Les déplacements ;
- L'effondrement de l'économie locale ;
- Et, surtout, la punition de Kinshasa, traduite par la fermeture des banques.
Des familles entières se sont vu escroquer par l'État : salaires pour certains, fonds de commerce pour d'autres.
Pendant que Kinshasa poursuivait ses vains discours et ses calculs politiques, l'Est devait négocier, chaque matin, son droit élémentaire à survivre.
Goma n'a pas oublié le 30 août 2023
Ce jour-là, une opération des forces de sécurité contre des manifestants non armés a fait au moins 56 morts, selon Amnesty International.
Derrière ce chiffre, il y avait des fils, des pères, des frères et des citoyens congolais.
Des vies ont été supprimées, puis progressivement ensevelies sous les promesses d'enquêtes, les procédures incomplètes, les commissions sans lendemain et l'indifférence politique.
Voilà pourquoi le NON de Goma et de Bukavu possède une valeur historique particulière.
Lorsqu'une population meurtrie par son propre gouvernement refuse la modification des règles du pouvoir, elle ne défend pas seulement un texte juridique. Elle défend la dernière frontière entre la République et la confiscation définitive de l'État.
Un gouvernement incapable de restaurer la paix ne peut pas présenter la prolongation de son pouvoir comme une urgence nationale.
Un régime qui n'a pas pleinement rendu justice aux morts ne peut pas demander aux survivants de lui offrir davantage de temps.
Un pouvoir qui n'a pas garanti aux citoyens un accès normal à leurs propres économies ne peut pas prétendre que le principal problème du Congo serait sa Constitution.
Le véritable problème de notre pays n'est pas la limitation des mandats, c'est la limitation des résultats
Ce n'est pas la Constitution qui a abandonné Goma et Bukavu.
Ce n'est pas l'article 220 qui a fermé les banques.
Ce n'est pas le nombre limité de mandats qui a empêché l'État de sécuriser son territoire.
Ce n'est pas le texte constitutionnel qui empêche les dirigeants de protéger les Congolais, de payer correctement les militaires, de lutter contre la corruption ou de rendre justice aux victimes.
“Le problème, c'est une gouvernance qui cherche constamment un nouveau récit pour éviter de répondre de son bilan.”
Je le dis clairement, en tant qu'opposante farouche à ce pouvoir
- On ne change pas les règles de la République pour réparer l'échec d'un homme ou sauver sa carrière politique.
- On ne transforme pas un mandat mal exécuté en un droit à la prolongation.
- On ne demande pas au peuple de sacrifier sa Constitution pour sauver une carrière politique.
- On ne parle pas de troisième mandat à une population qui demande encore la paix, la justice, l'accès à son argent et le retour de l'État.
Lorsqu'un pouvoir ne veut plus entendre le peuple, le peuple doit parler assez fort pour faire tomber ses calculs.
Bravo à mes frères et sœurs de Goma, bravo à mes frères et sœurs de Bukavu
Votre NON dépasse les frontières de l'Est.
“Il rappelle à toute la nation qu'un président passe, qu'un régime finit, mais que la République et ses règles doivent survivre aux ambitions des hommes.”