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Des Casques bleus de la MONUSCO entourent des armes déposées au sol lors d’une cérémonie de remise d’armes au Nord-Kivu, devant une foule d’habitants
Politique

L'alliance de la terreur : Kinshasa, les FDLR et la déliquescence de l'État congolais

Analyse — De l'instrumentalisation présumée des FDLR au pillage du Katanga, cette tribune soutient que la crise sécuritaire congolaise est d'abord le produit d'une faillite interne, et que désigner Kigali comme responsable sert à masquer l'effondrement de l'État.

Par LUNDA MULONGO LEM'S PIERRE·redacteur·5 août 2026·9 min de lecture

La République démocratique du Congo (RDC) traverse l'une des crises sécuritaires, politiques et institutionnelles les plus graves de son histoire moderne. Face à l'incapacité chronique du régime en place à Kinshasa, dirigé par Félix Tshisekedi, à gouverner efficacement le territoire national et à répondre aux aspirations légitimes de la population, le pouvoir recourt systématiquement à une rhétorique populiste et belliqueuse. Le Rwanda a ainsi été choisi comme bouc émissaire commode pour détourner l'attention des citoyens des échecs de la gouvernance interne.

1. La stratégie du bouc émissaire et la faillite structurelle du régime de Kinshasa

Accuser Kigali ne constitue, selon cette lecture, qu'un prétexte visant à masquer l'inaptitude gouvernementale à assurer la sécurité publique, à relancer l'économie et à apporter des solutions durables aux questions existentielles de la nation. Pourtant, le conflit qui déchire l'Est de la RDC est fondamentalement interne. Il plonge ses racines dans des décennies de mauvaise gouvernance, de marginalisation politique, de corruption endémique et de discriminations institutionnalisées orchestrées depuis le sommet de l'État.

En focalisant le débat public sur une prétendue agression extérieure unilatérale, Kinshasa cherche à légitimer des alliances contre-nature et à se dédouaner de sa responsabilité historique dans la descente aux enfers du pays. Au-delà des Kivus, le constat est implacable : l'État congolais n'a jamais exercé une souveraineté pleine et effective sur son immense territoire.

Avant l'avènement de l'AFC/M23, les deux Kivus — malgré la présence nominale de gouverneurs à Goma et Bukavu — n'ont jamais été pleinement gouvernées par Kinshasa. De vastes entités, territoires, parcs nationaux et forêts étaient déjà soustraits au contrôle étatique.

Dans cet espace de souveraineté vacante, de nombreuses zones échappaient totalement à l'autorité centrale. Des entités comme Kanyabayonga, Rutshuru, Beni et Walikale au Nord-Kivu, ou encore Mwenga, Fizi-Baraka et Itombwe au Sud-Kivu, étaient de fait administrées par des forces supplétives, des groupes armés hétéroclites, les FDLR, les ADF-Nalu ou sous la tutelle de la Monusco. Cette absence chronique de l'État se manifeste également bien au-delà de l'Est : l'Ituri, Kwamouth, les vastes étendues de l'Équateur, du Bandundu, du Kasaï et du Nord-Katanga connaissent des situations dramatiques analogues, où la famine, les épidémies et l'insécurité font rage dans l'indifférence générale de Kinshasa.

2. L'alliance organique et militaire entre Kinshasa et les FDLR

Au cœur de la stratégie militaire du régime de Kinshasa se trouverait une compromission aussi dangereuse qu'opaque : l'alliance organique nouée avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un mouvement armé composé d'anciens génocidaires rwandais responsables du génocide des Tutsis en 1994. Loin d'être des réfugiés marginalisés, les FDLR constitueraient aujourd'hui un supplétif militaire privilégié de l'armée congolaise (FARDC). Le régime de Kinshasa armerait, financerait et encadrerait activement ces miliciens dans le but de déstabiliser le Rwanda et de tenter de renverser le régime en place à Kigali.

Cette collaboration dépasserait le cadre d'un simple partenariat tactique ponctuel. Elle se serait institutionnalisée à travers une compénétration profonde des structures sécuritaires congolaises. Il serait désormais extrêmement difficile de se défaire des FDLR, tant ils sont lourdement armés et profondément intégrés dans les différentes strates de l'appareil sécuritaire de l'État, notamment au sein des milices supplétives Wazalendo, des FARDC elles-mêmes, de la DMIAP (Direction du renseignement militaire) ainsi qu'au sein de la Garde républicaine.

Des Casques bleus de la MONUSCO progressent en file sur un sentier de brousse lors d’une patrouille au Nord-Kivu
Patrouille de la MONUSCO au Nord-Kivu. Photo : MONUSCO / Flickr — CC BY-SA 2.0

Face aux pressions internationales récurrentes, Kinshasa agite régulièrement le mirage d'un « plan de démilitarisation des FDLR ». Cette initiative, loin d'être crédible, s'apparenterait à une opération de diversion diplomatique. Le régime congolais ne serait ni disposé ni prêt à s'émanciper des FDLR, qu'il considérerait comme un instrument indispensable de menace et de chantage contre son voisin rwandais. Cette posture ambiguë plonge le pouvoir dans un dilemme permanent, engendrant des narratifs officiels contradictoires qui s'effondrent face à la réalité du terrain.

3. Le rôle du Burundi et la coalition contre les Banyamulenge

La machination géopolitique régionale ne se limiterait pas aux frontières de la RDC. Le Burundi, sous le régime d'Évariste Ndayishimiye, jouerait un rôle de premier plan en servant de base arrière stratégique et logistique aux FDLR. Sur le sol burundais, ces derniers bénéficieraient d'abris sûrs, de camps d'entraînement et d'un soutien logistique de la part du pouvoir de Gitega. Le régime burundais trouverait également des intérêts économiques substantiels dans l'instabilité chronique de la RDC.

Portrait d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi
Évariste Ndayishimiye, président du Burundi. Photo : Lukasz Kobus / Commission européenne — CC BY 4.0

Cette alliance régionale trouve son expression la plus tragique dans les persécutions systématiques menées contre les populations tutsies dans les deux Kivu, et plus particulièrement contre la communauté des Banyamulenge à Minembwe. Les Banyamulenge font face à une politique d'extermination ciblée menée par une coalition associant les FARDC, l'armée burundaise (FDN), les FDLR et les milices Wazalendo. Cette coalition opère en synergie pour perpétuer des massacres de grande envergure, des incendies de villages, des déplacements forcés et des spoliations massives de terres.

Le discours anti-Tutsi est ouvertement encouragé et banalisé par des cercles du pouvoir à Kinshasa. Il se traduit par des actes de terreur quotidiens, incluant l'utilisation de drones de combat armés pour bombarder des zones civiles habitées par des Tutsis congolais. Cette épuration ethnique méthodique vise à effacer toute présence historique de ces minorités jugées indésirables par le nationalisme exclusionniste cultivé au sommet de l'État.

Vue d’ensemble d’un camp de déplacés au Nord-Kivu, avec des abris de bâches et les collines des Virunga à l’arrière-plan
Camp de déplacés de Kibumba, Nord-Kivu. Photo : Julien Harneis / Flickr — CC BY-SA 2.0

4. La légitimité de la lutte de l'AFC/M23 et la faillite du mythe étatique

C'est dans ce contexte de persécution institutionnalisée et de faillite de l'État congolais que l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 Mars (M23) se sont levés. Selon cette analyse, l'AFC/M23 se bat légitimement pour la protection des minorités ethniques en RDC — notamment les Tutsis congolais et d'autres communautés marginalisées — victimes de discrimination systémique, de marginalisation politique et de massacres perpétrés avec la bénédiction tacite ou active de Kinshasa.

Face au vide sécuritaire et à la violence des milices gouvernementales, l'AFC/M23 apparaîtrait comme une alternative de gouvernance et de protection pour des populations abandonnées à leur sort. Une question se pose alors : en l'absence de l'AFC/M23, qui assumerait la gouvernance et la sécurité dans ces régions ? Les milices Wazalendo, aussitôt désintégrées, retourneraient à leurs violences criminelles initiales ; les FDLR s'empresseraient de reconquérir leurs anciens fiefs ; et l'on assisterait au retour massif d'une présence internationale inefficace.

La question historique de la faiblesse, voire de l'inexistence de l'État dans le « Congo profond », ne peut être éludée. Le régime de Kinshasa a institutionnalisé le recours aux milices ethniques, en finançant et encadrant les différents groupes Maï-Maï regroupés sous le label « Wazalendo » pour mener une guerre par procuration contre l'AFC/M23. Cette politique de sous-traitance de la sécurité démontre l'incapacité du pouvoir central à restaurer l'ordre par des voies républicaines légitimes.

5. Le Katanga, le Bandundu et la capitale sous le joug de la violence

L'échec de la gouvernance du régime Tshisekedi ne se limite pas à la poudrière de l'Est. Dans le Grand Katanga, la situation sécuritaire est alarmante. Des attaques répétées de miliciens à Mitwaba et Bukama témoignent d'un ras-le-bol populaire face à la maltraitance, à la persécution et au mépris dont les Katangais s'estiment victimes de la part du pouvoir central. Cette colère est attisée par un pillage des ressources minières du Katanga imputé à l'entourage direct et à la famille de Félix Tshisekedi, spoliant les richesses provinciales au profit d'une oligarchie kleptocratique.

Un creuseur porte sur l’épaule un sac de minerai de cuivre sur un site d’exploitation artisanale
Un creuseur transporte du minerai de cuivre sur un site artisanal du Katanga. Photo : Fairphone / Flickr — CC BY-SA 2.0

La terreur, les arrestations arbitraires, les assassinats ciblés, les disparitions forcées et l'exil sont devenus le lot quotidien des Katangais qui osent exprimer leur désaccord. Parallèlement, le phénomène criminel des « Kuluna » endeuille chaque jour les familles dans la capitale Kinshasa, sans que le gouvernement ne parvienne à endiguer cette insécurité urbaine endémique.

Dans la province du Bandundu, le phénomène insurrectionnel et intercommunautaire « Mobondo » s'est propagé de manière incontrôlée, ravageant la région jusqu'aux portes mêmes de Kinshasa. Cette extension de la violence aux portes du pouvoir central illustre l'effondrement de l'appareil sécuritaire et l'incapacité du régime à protéger les citoyens sur l'ensemble du territoire national.

6. Alternatives et scénarios post-conflit

L'examen des dynamiques sécuritaires de la RDC conduit à une conclusion : le statu quo actuel est intenable. Les solutions palliatives proposées par Kinshasa — intégration informelle de supplétifs, accords géopolitiques de circonstance rapidement violés — ne feraient qu'aggraver la fracturation du pays. Les FDLR, érigées en pilier de la défense nationale officieuse, constitueraient une menace existentielle non seulement pour les pays voisins, mais d'abord et avant tout pour la survie même de la nation congolaise.

Les scénarios d'un retrait unilatéral des forces rebelles sans un changement profond de paradigme politique à Kinshasa ouvriraient la voie à un chaos humanitaire d'une ampleur inédite. Les populations civiles des Kivus, déjà saignées à blanc par des décennies de massacres, se retrouveraient à la merci des coalitions de milices et d'un État incapable d'assurer le pacte républicain minimal. La reconstruction de la RDC exigera une refondation totale de l'architecture institutionnelle, l'éradication des idéologies haineuses et la reconnaissance des droits imprescriptibles de toutes les minorités nationales à la citoyenneté et à la sécurité.

7. Vers la nécessité d'une refondation profonde de l'État congolais

Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, dépose une gerbe lors d’une cérémonie officielle
Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, lors d’une cérémonie officielle à Washington. Photo : Arlington National Cemetery / Flickr — domaine public

En somme, cette analyse soutient que le régime de Félix Tshisekedi porte une responsabilité centrale dans la pérennisation du chaos sécuritaire dans l'Est de la RDC et dans son extension à d'autres provinces minières et stratégiques. En s'alliant avec les FDLR, en armant et finançant des milices tribales, en laissant prospérer le discours anti-Tutsi et en tolérant le pillage des ressources du Katanga, le pouvoir aurait consommé sa rupture avec les principes fondamentaux d'un État de droit.

La fuite en avant consistant à incriminer le Rwanda pour masquer ses propres turpitudes ne tromperait plus personne. La survie de la République démocratique du Congo passe impérativement par une prise de conscience collective, le rejet de la gouvernance par la terreur et le tribalisme, et l'avènement d'un nouvel ordre politique inclusif garantissant la sécurité et la dignité de l'ensemble de ses filles et de ses fils, sans distinction d'origine ni d'appartenance ethnique.


Photo de couverture : cérémonie de remise d’armes à Buleusa, Nord-Kivu — MONUSCO / Flickr — CC BY-SA 2.0. Toutes les photographies de cet article sont utilisées sans modification, sous licence libre, et créditées individuellement.

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